Charles J. Chaplin

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Tag - Peinture décorative

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Léon Bonnat, un ami de Chaplin


                        Allégorie de la Nuit, 1874,  dédicacé « A mon ami L. Bonnat », sdbd.

                        Crédit : RMN/R_G Ojéda.



Pour sceller une amitié, les peintres ont, au XIXe siècle, coutume de s’offrir ou de s'échanger des œuvres.



En 1874, Charles Chaplin dédicace une composition en tondo à son ami Léon Bonnat (1833-1922), futur professeur de son fils Arthur (1869-1935).

L’œuvre est un panneau décoratif dont le sujet - la nuit - est tiré du cycle thématique des heures de la journée. Ce thème est en soit assez classique. Chaplin le traite à plusieurs reprises au cours de sa carrière.


Toutefois, la ferme souplesse des lignes et la délicatesse de la palette traduisent un univers tendre et vaporeux, non dénué d’humour : le petit amour ailé semble bien embarrassé de devoir supporter sa lourde "charge" dormant à point fermé dans les nuages… 

Chaplin signe là une œuvre personnelle oscillant entre tendresse et second degré. Telle est l’empreinte véritable de l’artiste. 


To seal a friendship, painters used to offer or to exchange their works.

In 1874, Charles Chaplin composes a tondo he dedicates to his friend Léon Bonnat (1833-1922), future teacher of his son Arthur (1869-1935).

The work is a decorative panel whose subject - the night - comes from the cycle of thematic hours of the day. This theme is classic enough. Chaplin treats it several times during his career.

However, the firm flexibility of line and delicacy of the palette reflect a soft and ethereal universe, not without humor: the little winged love seems embarrassed by having to bear the heavy "burden" sleeping in the clouds ...

Louise Abbéma (1858-1927) – Une femme peintre en 1888

                       Louise Abbéma, La Japonaise, éventail au pastel, 1888. 
                       Crédit : Christie’s.



« MM. les membres du jury de peinture m’en voudront peut-être de cet article ; j’en sais plusieurs qui fulminent contre l’envahissement des femmes dans la peinture, et qui sont toujours prêts à refuser […] un tableau signé par une femme ; mais il faut que ces messieurs en prennent leur parti. Je sais bien que c’est très vexant de voir des portraits ou des tableaux traités par des pinceaux tels que ceux de Mmes Jacquemart, Henriette Brown, Louise Abbéma et beaucoup d’autres ; mais je ne vois pas pourquoi les femmes ne tiendraient pas aussi bien leur place en art qu’en littérature […] ». 

Voici ce que l’on peut lire dans l'article d'un quotidien daté de janvier 1888. Et si un artiste a particulièrement contribué à cette déferlante féminine en peinture, c’est bien Charles Chaplin, membre du jury et ancien professeur de Louise Abbéma et d’Henriette Brown… S’il dispense des cours particuliers dès le milieu des années 1850, Chaplin finit par ouvrir un atelier réservé aux femmes dans son hôtel particulier de la rue de Lisbonne vers la fin de l’année 1866 ou au début de l’année suivante. L’initiative du maître est inédite à cette époque.

"MM. board members will perhaps blame me for this article, and I know several who inveigh against the invasion of women in painting, and are always ready to reject [...] a painting signed by a woman but these gentlemen musn’t take their party. I know it's very annoying to see portraits and paintings treated with brushes such as those of Mrs Jacquemart, Henrietta Brown, Louise Abbéma and many others, but I do not see why women could not have their place in art such as in literature [...] ".

Here is what we can read in a newspaper article dated January 1888. And if an artist has especially contributed to this wave of women in painting, it's Charles Chaplin, board member and former teacher of Louise Abbéma and Henriette Brown ... If he provides private courses in the mid-1850s, Chaplin finally opens a workshop for women in his mansion, rue de Lisbonne to the end of 1866 or at the beginning of the following year. The master’s initiative is unprecedented at that time.

La peinture décorative : une vocation

                                 Le Printemps, vers 1864 (?), lithographie d'après un panneau décoratif.
                                          


«Ma route est maintenant bien tracée, et c’est la décoration qui a pour moi le plus d’attraits. » 

Tels sont les mots de Chaplin à Arsène Houssaye lorsqu’il réalise en 1859 les panneaux pour l’hôtel du duc de Nemours à Paris. La peinture décorative devient vite une vocation, à tel point qu’elle influence ses scènes de genre et même certains de ses portraits. Les panneaux décoratifs s’inspirent des thèmes du XVIIIe siècle, à savoir : les saisons, les muses, les divinités antiques et les allégories des arts.

My road is now drawn well, and it is the decoration which has for me most attractions. " 

Such are the words of Chaplin to Arsène Houssaye when he realizes in 1859 panels for the hotel de Nemours in Paris. The ornamental painting becomes fast a vocation, so much that it influences its scenes of genr) and even some of his portraits. The ornamental panels are inspired by themes of the XVIIIth century, namely: the seasons, the muses, the antique divinities and the allegories of the arts.



                  L'Architecture, vers 1862, huile sur toile, 80 x 127 cm, sbd.
                        Crédit : Christie's.


Si Chaplin reprend de Boucher la figure du putto venant animer les compositions,  la touche d’humour et de second degré n’appartiennent qu’à lui. Le maître va jusqu’à se parodier lui-même dans une composition mettant en scène deux angelots, l’un dans le rôle du professeur de dessin, l’autre dans celui de l’élève. Chaplin ouvre effectivement vers la fin de l’année 1866 un cours réservé aux femmes, l’un des tous premiers du genre.

If Chaplin borrows Boucher the figure of the putto coming to liven up the compositions, the touch of humor and second degree belong only to him. Chaplin goes as far as parodying himself in a composition staging two cherubs, the one in the role of the art teacher, the other one in that of the pupil. Chaplin opens effectively towards the end of year 1866 a course reserved for the women, one of very first ones of the kind.



                            La Leçon de dessin, vers 1867 (?), sanguine, 23,7 x 21 cm.
                                      Crédit : coll. privée.

 

Les années 1860 correspondent surtout à d’importants chantiers décoratifs : celui des Tuileries, du palais de l’Elysée et de l’hôtel du marquis d’Assche à Bruxelles, construit par l’architecte Alphonse Balat. Aux Tuileries, Chaplin réalise d’un plafond et huit dessus de porte pour le Salon des fleurs. Toutes les œuvres s’envolent dans l’incendie de 1870. Heureusement, les deux ensembles de l’Elysée sont toujours visibles. Pour le salon de l’Hémicycle dit « Pompadour », le peintre a réalisé quatre panneaux dédiés aux grandes divinités féminines : Junon, Diane, Vénus et Minerve correspondant aux heures de la journée.

1860s correspond especially to important ornamental construction sites: that of the Tuileries, the Elysee Palace and the hotel d’Assche in Brussels, built by the architect Alphonse Balat. In the Tuileries, Chaplin realizes a ceiling and eight tops of door for the Salon des Fleurs. All the works flew away in the fire of 1870. Fortunately, the works for the Elysee are always visible. For the Salon de l’Hémicyle said "Salon Pompadour", the painter realized four panels dedicated to the femal divinities: Junon, Diane, Venus and Minerva corresponding to the hours of the day.


 

               Junon, 1861-1862, huile sur toile, sbd.

                                        

Le chantier de la salle de bain de l’impératrice, probablement achevé au début de l’année 1862, est le plus important. La pièce ressemble à une cage en verre. Chaplin a réussi, à « accrocher solidement la couleur sur une matière qui ne peut la retenir…C’est presque peindre sur l’eau », écrira Hector de Callias. 

The paintings for the bathroom of the empress, probably finished at the beginning of year 1862, is the most importan workt. The room looks like a glass cage). Chaplin made a success, "by  hanging on solidly the color on a material which cannot retain it… It is almost to paint on the water ", will write Hector de Callias.



                             Vue de l'intérieur de la salle de bain de l'Impératrice à l'Elysée.


En parallèle, Chaplin réalise pour le marquis d’Assche deux ensembles, l’un de quatre panneaux en médaillons dédiés aux saisons, l’autre de deux panneaux de dessus de porte.

In parallel, Chaplin realizes for the Theodore Vandernoot two sets, one of four panels in medallions dedicated to the seasons, an other one of two top panels of door.



                                            L'Hiver, 1862, huile sur toile, sdbm.